L’exemplarité du sportif à la rescousse de la morale.

david-douillet

S’il y a bien une chose qui m’exaspère dans cette société qui tend à diaboliser tout et n’importe-quoi, c’est l’actuel devoir d’exemplarité que l’on attribue aux sportifs de haut niveau. Depuis quelques années, outre leurs performances sur le terrain, ces derniers semblent devoir intégrer dans leur sphère de compétences, une nouvelle discipline, celle de l’irréprochabilité en public comme en privé.

De par sa sur-médiatisation et sa réussite sociale, le sportif professionnel est aujourd’hui élevé au rang d’idole, et semble devoir assumer un nouveau rôle, celui de l’Homme parfait. Il doit à la fois faire rêver la populace en  brillant par ses exploits, sourire aux journalistes, porter du Dior,  être un mec sympa, beau, intelligent, pacifiste, engagé, honnête, sincère, cultivé, et fidèle…

Bref, il symbolise à lui tout seul le dernier espoir d’une société complètement larguée et démoralisée par la réalité d’un quotidien dont les valeurs fondamentales s’essoufflent petit à petit.

« Ma femme me trompe avec mon meilleur ami, Nicolas Sarkozy traite les agriculteurs de « pauvres cons », mon fils me colle un procès parce-qu’il n’a pas eu son argent de poche la semaine dernière, et mon patron me met la pression pour que je démissionne. Tout ce qu’il me reste, c’est Zizou, Ribéry et Titi Henry… » me confiait un étrange personnage rencontré dans mon rêve la nuit dernière.

Alors quand les sportifs dérapent, les médias s’emparent de la situation, et font très vite tourner l’histoire au vinaigre.

Outre-Atlantique, les frasques à répétition de Tiger Woods n’ont échappé à personne, et le vilain dépendant sexuel a d’ailleurs fini par  présenter d’émouvantes excuses publiques à sa femme, ses enfants, et au monde entier. (j’en ai eu la larme à l’oeil…)

Outre-manche, c’est John Terry qui s’est vu retirer son brassard de capitaine de l’équipe de football d’Angleterre pour avoir trompé sa femme avec celle d’un coéquipier,

En France, après le coup de tête de Zidane en 2006, c’est l’abominable main de Thierry Henry contre l’Irlande qui a été montrée du doigt. Jacques Attali (dont les connaissances footballistisques doivent être assez limitées) est même allé jusqu’à préconiser d’exclure (à vie) Henry de l’équipe de France (et pourquoi pas rétablir la peine de mort, tant qu’on y est?). Bref, le scandale a pris des proportions démesurées, et outre le fait de jeu, il lui a été reproché de pas s’être dénoncé auprès de l’arbitre… (morale, morale, quand tu nous tiens…)

Aujourd’hui c’est donc au tour de Franck Ribéry, Karim Benzema, et Sidney Govou de passer sur le grill de la bienséance. Il leur est reproché d’avoir eu des rapports sexuels avec une prostituée (mineure au moment des faits), tout le monde connait approximativement  l’histoire, et la chasse à la réaction commence. Les médias interrogent la fédération française de football pour connaître son avis sur le sujet, on traque et part à la chasse de la moindre info, les internautes s’emparent de la situation, les photos de la prostituée sont dévoilées au monde entier, et le maire de Lyon, Gerard Collomb va même jusqu’à expliquer qu’il attend des excuses publiques de la part de Sydney Govou, qui présente selon lui, trop de faiblesses humaines. Oui, on nage en plein surréalisme… On s’étonne que des sportifs en pleine force de l’âge et bourrés de pognon, puissent trainer dans des boîtes branchées de la capitale, et fréquenter des prostituées. Et non seulement on s’étonne, mais en plus, on les blâme au nom de la moralité publique.

Alors certes, la prostituée en question était mineure au moment des faits, mais est-ce réellement là le fond du problème? Pourquoi la « mésaventure » de Franck Ribéry a-t-elle plus attiré l’attention des médias, que celle de Govou ou Benzema?

Je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’outre sa notoriété, la situation d’un homme marié, sympathique, et père de famille qui va aux « putes » est tout simplement un peu plus alléchante que celles de ses deux acolytes dont les vies de couples n’ont jusqu’alors pas trop été médiatisées.

Là, avec le bon Ribéry, on tient enfin un vrai scandale! Au passage, on en oublierait presque l’existence d’Abou, le petit proxénète supposé qui envoie une gamine de 16 ans dans le plumard de mecs pétés de thunes. Lui, n’est ni connu, ni censé montrer l’exemple… C’est un simple citoyen comme un autre, un anonyme, et non une idole… Et dans la hiérarchie moraliste, un anonyme a moins de devoirs qu’un illustre sportif…

J’en viens donc à me poser les questions suivantes. Comment peut-on en arriver à déléguer l’ambassade de la perfection à des sportifs, dont la seule vocation est de taper dans un morceau de cuir ou dans une balle? Pourquoi le fait d’être célèbre devrait-il changer le mode de vie d’une personne? Depuis quand les sportifs ont-ils une vocation de prophète (« pro-fête », pouet pouet, au passage…)

Bref, à l’heure où plus personne ne croit en l’honnêteté des politiciens, tous ces débats autour de l’exemplarité des sportifs et de leur ligne de conduite me font doucement pouffer de rire… Toutes cette idéalisation du corps sain, de l’esprit sain… On leur reprocherait presque de trop bien gagner leur vie, pour ne faire que taper dans un ballon. Et non, tout le monde n’est pas David Douillet… (petit coeur brisé)

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