Entretien avec un steak haché

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Voilà, il y a des jours comme çà, où la banalité de votre quotidien se retrouve chamboulée par un évènement pour le moins inattendu. Aujourd’hui en est un…

C’est à 12 heures 15, que le phénomène a eu lieu, alors que j’étais seul devant mon assiette, fourchette et couteau en main, et prêt à dévorer sadiquement un steak haché, quand soudain je crus entendre une voix…

– Tu ne peux pas me faire ça…

Interloqué, je pris la direction de la fenêtre, croyant reconnaître la voix d’un voisin, mais il n’en était rien. Personne à l’horizon…D’ailleurs la voix ne tarda pas à me rappeler que je faisais fausse route.

-Mais non idiot! Je suis ton steak haché.

Je restais sceptique et méfiant un instant durant, le menton haut, et le sourcil froncé, mais il fallait se rendre  l’évidence… Tout cela était bel et bien réel. La voix correspondait en tous points, à celle d’un steak haché…

Je m’approchais alors lentement de l’assiette, et me rassis sur la chaise que je venais de quitter, brandissant ma fourchette en direction du morceau de viande.

-Inutile de me menacer avec ton instrument de torture, je suis inoffensif. Et puis t’as vraiment l’air d’un con.

En regardant les choses en face, ma posture lui donnait raison. Je reposais alors ma fourchette, et agacé par ce fâcheux contre-temps, je lui lançai d’un air agacé:

-Que me voulez-vous cher Steak haché? Dépêchez-vous parce-que j’ai très faim… Et puis je ne vais pas passer tout mon temps à papoter avec un morceau de viande aggloméré non plus! Faut pas déconner!

-Oh, mais Monsieur s’énerve… Après m’avoir sauvagement balancé sur une poêle à frire brulante, voilà qu’il perd son sang froid… Je n’attends pas grand chose de toi. Je veux juste que tu me relâches. D’abord tu soignes mes brûlures, et ensuite tu me ramènes parmi les miens. Je suis trop jeune pour mourir.

– Ben tiens! Non mais tu crois vraiment que je me suis fait chier à te sortir du congélo, et à te faire cuire pour faire marche arrière au dernier moment? J’ai qu’çà à foutre moi? Je vais bouffer quoi? Hein? Des spaghettis suicidaires? Et puis tu ne peux pas être réel…

Je crus un moment à la thèse d’un traquenard végétarien. Mon ignoble voisine l’était, elle aurait très bien pû me faire avaler une substance suspecte… Mais le steak me mit alors en garde.

– Si tu me manges, tu mourras… Nous mourrons tous les deux, car je suis avarié.

– Tu bluffes, je ne te crois pas. Tu veux sauver ta peau, je le comprends. Alors tu mens. Prouve-le moi.

-Je n’ai rien à te prouver. Tu ne prendras pas le risque… Ah ah!

Je ne savais plus quoi faire. J’étais bien embarrassé, car le salaud avait réussi à me pousser dans les retranchements de la méfiance, en s’en remettant à mon instinct de survie. Dans le doute, je ne pouvais plus le manger, et comme je commençais aussi à m’attacher, je me résignai même à lui passer de la biafine pour soigner ses brûlures.

– Merci de ta compréhension. Et vas-y doucement avec la biafine… Mais je crains malheureusement qu’il faille me conduire aux urgences. Les brûlures sont trop sévères…

– Ah non alors! Je veux bien t’épargner et te jeter à la poubelle, mais après tu te démerdes! J’aurais l’air de quoi moi… Comment je vais justifier mon acte?

Il éclata en sanglots et se mit à hurler si fort, que j’eus peur qu’un voisin n’accoure. Il fallait se rendre à l’évidence. J’avais à faire à un vicelard…

Je pris alors soin de l’emballer entre deux compresses, pour le mener à l’hôpital le plus proche.

-Euh… Bonjour, je vous présente mon steak haché. Il ne va pas bien vous savez…

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